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Grèce: un jeune sans-papier tué dans une agression xénophobe

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/grece-un-jeune-sans-papier-tue-dans-une-agression-xenophobe_1148795.html

Un jeune Irakien a été poignardé à mort dans la nuit de samedi à dimanche à Athènes par cinq motards chassant les étrangers, a annoncé la police, alors que le pays est accusé d'incurie face à la banalisation de la violence xénophobe.

Le jeune homme, dont l'âge n'a pas été précisé, a succombé à l'hôpital où il avait été transféré avec "de nombreuses blessures provoquées par un objet tranchant", selon un communiqué de la police. La police recherche ses attaquants, "cinq personnes à bord de quatre motos qui avaient auparavant tenté dans la même zone d'agresser un Roumain et un Marocain", a ajouté le communiqué.

Le modus operandi est le même que celui de dizaines d'agressions visant immigrés, réfugiés ou Grecs d'origine étrangère, désormais régulièrement perpétrées dans les quartiers défavorisés d'Athènes et d'autres centres urbains, sur fond de percée de l'activisme néonazi et de profonde crise sociale et économique.

Dans une rare réaction officielle, le ministre de l'Ordre public, Nikos Dendias, a exprimé sa "profonde tristesse" pour ce meurtre, affichant la détermination de l'Etat à punir de tels actes, "quel que soit le soi-disant prétexte que ses auteurs y trouvent".

Le pays est actuellement dans le collimateur des organisations et ONG internationales, dont le Conseil de l'Europe et Human Rights Watch, pour son incurie face à la violence xénophobe et l'impunité de fait jusque là garantie à ses auteurs, dont beaucoup présumés proches du parti néonazi Aube Dorée, propulsé au parlement avec 7% des voix en juin

La réthorique anti-migrants alimentée par les dirigeants politiques


La réthorique anti-migrants des dirigeants politiques a aussi été dénoncé cette semaine par Amnesty International, après que Nikos Dentias eut estimé que le pays devait faire face à une "invasion d'immigrants" sans précédent depuis celle des Doriens au IVe siècle avant notre ère.

Le meurtre du jeune Irakien intervient après le lancement par la police d'une opération visant à chasser des centres urbains les sans-papiers qui s'y entassent. Elle suit aussi l'arrestation en début de semaine d'un jeune Pakistanais pour le viol avec graves violences d'une adolescente de 15 ans sur l'île cycladique de Paros.

Durant sa récente campagne électorale, le conservateur Antonis Samaras, devenu premier ministre, avait promis de faire la chasse à l'immigration illégale.

Considérée comme l'une des deux principales porte d'entrée dans l'UE, la Grèce a enregistré plus de 55.000 arrestations de migrants en 2011 dans la région frontalière avec la Turquie, selon la police Frontex, et 12.000 depuis début 2012. Pour le nombre de migrants légaux, les estimations officielles grecques varient de 784.000 à 970.000. Les migrants irréguliers étaient eux 470.000 en 2010, selon les dernières données policières.

L’immigration, l’autre fardeau de la Grèce


12, 5 kilomètres de barbelés, 3 mètres de hauteur, 25 caméras thermiques. Comme entre les Etats-Unis et le Mexique, le gouvernement grec tient sa solution pour bloquer l’afflux d’immigrés clandestins à sa frontière avec la Turquie. Un mur, acté début 2011, inauguré en février 2012, et dont les travaux de terrassement ont commencé début mai. Un chantier de 3 millions d’euros, entièrement assumé par le gouvernement grec, que l’Union européenne a refusé de financer, malgré le soutien de la France de Nicolas Sarkozy

«Ce mur ne fera que repousser le problème. Les migrants passeront par le fleuve Evros», résume, amer, un policier grec aux frontières. Décrié par l’Europe, jugé inefficace par les observateurs et les habitants, car couvrant uniquement une petite partie terrestre de 200 kilomètres de frontière fluviale, le mur pourrait ne jamais être achevé. Comme le symbole d’une impasse, de l’impuissance d’une Grèce sans moyens, isolée, obligée de réguler la quasi-totalité de l’immigration européenne, en pleine crise économique.

La majorité des sans-papiers sont renvoyés à Athènes

Chaque jour, plus de 300 immigrés débarquent illégalement en Grèce par la Turquie. Ce qui représenterait entre 80% et 90% de l’immigration clandestine de l’Union européenne. Longtemps, la Grèce a pourtant été un pays d’émigration. «Dans les années 1980, il n’y avait pas d’hommes de couleur en Grèce», se souvient Diamando, enseignante et militante du collectif Stop Evros Wall («Arrêtons le mur de l’Evros»). En 1991, on recense 197.000 étrangers en Grèce, en majorité des Albanais. Dix ans plus tard, en 2001, le nombre d’immigrés franchit la barre du million. Aujourd’hui, pour un pays de 11 millions d’habitants, il y aurait 2 millions d’étrangers en Grèce, dont la moitié des clandestins.

En l’espace de cinq ans, les chemins de l’immigration en Europe se sont déportés de la Méditerranée, via l’Italie et l’Espagne, vers la Grèce et le fleuve Evros. Entre 2009 et 2010, selon Frontex, l’Agence européenne aux frontières, les routes de la Méditerranée centrale (Italie et est de l’Espagne) et de la Méditerranée occidentale (sud de l’Espagne), ont connu respectivement une baisse de trafic de 60% et 31%. Pendant ce temps, le chemin gréco-turc a enregistré une hausse de 345%. Ainsi, en 2010, près de 50.000 immigrés ont franchi cette frontière.

Face à cet énorme problème de flux humains, la Grèce paraît bien désunie. Aux portes de l’Union européenne, la Turquie, le rival de toujours, semble s’amuser en silence, et encaisse les bénéfices. En quelques années, Istanbul est devenu la plaque tournante d’un trafic d’êtres humains en Europe. Des cars de migrants, originaires d’Afghanistan, du Bengladesh ou du Pakistan, croisent dans la capitale turque des avions low-cost en provenance du Maghreb ou d’Afrique noire. Du pays d’origine jusqu’à Athènes, les passeurs, souvent turcs, demandent jusqu’à 10.000 euros, selon les cas, pour un voyage périlleux, parfois mortel.

En 2011, 48 corps ont été retrouvés dans le fleuve Evros. Parmi les migrants, des histoires d’impayés, de kidnapping et de morts de proches, circulent. La police et le gouvernement turcs laissent passer des étrangers, qui consomment, entretiennent une économie souterraine, et de toute façon, ne restent pas en Turquie. Car le problème reste avant tout diplomatique. Ankara a récemment ouvert un mini-espace de circulation, sans visa, avec des pays comme la Syrie, le Yemen, l’Iran, le Maroc ou la Tunisie.

En Europe, la Grèce n’en est pas moins isolée. Les conventions de Dublin, qui fixent les règles de l’immigration dans l’Union européenne, obligent le premier pays où le migrant débarque à traiter son cas. Autrement dit, un immigré illégal, qui passe par Athènes, mais se fait arrêter à Paris, sera renvoyé en Grèce. Dublin II, adopté en 2003, modifie légèrement cette clause en indiquant qu’il s’agit d'«identifier dans les plus brefs délais possibles l'Etat membre responsable».

Face aux difficultés économiques de la Grèce, certains pays comme la Norvège ou la Finlande ont limité les renvois. «Mais cela reste très rare, déplore Angélique Kotzamanis, chercheuse sur les questions d’immigration à l’université d’Athènes. La majorité des sans-papiers sont renvoyés en Grèce.»

«Frontex est utile comme l'aspirine au cancer»

En Grèce, aux frontières de l’Europe, l’absence de moyens, la crise économique, empêche toute tentative ordonnée de régulation de l’immigration. Dans la région de l’Evros, comme dans beaucoup de contrées rurales en Grèce, les routes sont inachevées depuis des années. Les salaires ont parfois été divisés par deux. Débordée, la police d'Orestiada, qui «contrôle» la frontière, délivre aux migrants un papier d'expulsion de territoire sous 30 jours. Un agent d'Orestiada:
«Ils se livrent à la police, nous les relâchons et ils partent tous à Athènes
Pour endiguer ce flux migratoire hors norme dans un pays en crise, l’Union européenne a dépêché dans la région du fleuve Evros, fin 2010, sa police aux frontières, Frontex. Un renfort qui stoppe l’hémorragie, mais qui ne la contrôle toujours pas. En 2011, avec une légère augmentation, 55.000 migrants ont mis le pied dans l’Union européenne par cette route. «Frontex est utile comme l’aspirine au cancer», lance avec cynisme une avocate de la région. «Avant, c’était la police grecque qui informait l’Union européenne de la situation. Aujourd’hui, c’est Frontex. Ils n’agissent pas», déplore Evanghelis Maraslis, maire-adjoint de Nea Vyssa. «Frontex n’a même plus d’argent pour le fuel de son hélicoptère thermique», sourit un soldat grec.

Sans moyens, la Grèce a été épinglée en 2011, par la Cour européenne des droits de l'homme pour la médiocrité de ses centres de rétention. «Les conditions ont été qualifiées d’inhumaines et dégradantes», rappelle Eva Cossé, franco-grecque et assistante de recherche à l’ONG Human Rights Watch. «Il y avait entre 400 et 500 migrants pour un centre qui doit accueillir 250 personnes», se souvient une ancienne pyschologue du centre de rétention de Fylakio, près de la frontière turque.
«Ils pouvaient rester jusqu’à 4 mois, presque toujours à l’intérieur des bâtiments. Plus ils restaient, plus ils étaient dépressifs. C’était une vraie prison.»
L'Union européenne a ainsi investi 250 millions d'euros dans la construction d'une trentaine de centres de rétention qui verront le jour en 2014. Mais cet apport financier apparaît plus comme une solution de court terme, répressive, que comme une réelle politique volontariste en matière d'immigration. 
«Ce n’est pas la Grèce qui doit gérer le problème. C’est l’Europe», explique, modestement, Evanghelis Maraslis. Alors que l’Europe ne sait ou ne veut réagir sur le fond du problème, la situation prend des proportions de «drame humanitaire», comme le résume une salariée de Médecins du monde à Athènes.

Avec une bureaucratie figée et débordée, les procédures de titres de séjour prennent parfois des années. Les demandes d’asile, qui donnent le droit à une allocation et une sécurité sociale, sont presque toutes rejetées. En 2011, la Grèce reste le pays le moins généreux d’Europe en termes de statut de réfugié, avec seulement 2% de demandes acceptées.

«Le gros problème est l’accès au droit d’asile de ressortissants de pays en guerre. Très peu de demandes sont acceptées», confirme Eva Cossé, assistante de recherche pour la Grèce à l’ONG Human Rights Watch. L’obtention de la carte rose, titre de séjour de 6 mois qui permet de travailler légalement, reste de plus en plus compliqué à obtenir. Et surtout, de plus en plus long. L’administration, comme la police, n’ont ni les moyens, ni le recul ni l’organisation suffisants pour gérer le cas de tous les immigrés. Pour l’universitaire Angélique Kotzamanis, le problème de l’immigration, immense, est avant tout administratif et économique.
«A Athènes, pour 750.000 demandeurs de titres de séjour, il y a seulement 20 employés permanents au bureau de l’immigration…»
La plupart des étrangers sont donc condamnés à errer, illégaux mais tolérés, pendant des années, dans une capitale en crise.

«Un drame humanitaire»

Omonia, le quartier proche du centre-ville, s’illustre comme le paradis du marché noir. Par communauté, les étrangers s’organisent, se partagent les bénéfices, et refourguent appareils électroniques, cigarettes et vêtements de marque à des prix imparables. «Je te vends un appareil photo Canon reflex pour 180 euros», confie Mehdi*, un Algérien de 33 ans, alors que sort du magasin, paire de baskets sous le bras, un couple grec. Pour les étrangers comme pour les Grecs, dans une capitale sans emplois ni avenir, la contrebande est devenue une solution de survie. Ali, Pakistanais de 38 ans, est à Athènes depuis quelques jours:
«Je vais essayer de chercher un travail légal. Mais si je ne trouve pas, il faudra bien que je mange
Devant des portes d’immeubles délabrés, des maquereaux attendent sur des chaises en bois. «La prostitution est en hausse», explique Nathalie Simmonot, salariée de Médecins du monde, dans Omonia. De plus en plus originaires du Nigéria ou d'Amérique du Sud, les filles sont enrôlées par les mêmes réseaux de passeurs turcs que les immigrés.
«On retrouve toutes les nationalités, et le sida est de plus en plus présent.»
En 2011, selon le ministère grec de la Santé, l’incidence du sida a explosé, pour une hausse de 1.500% dans le centre d’Athènes. Un virus transmis surtout par les toxicomanes, via les seringues. Aujourd’hui, en plein jour, dans le centre-ville et devant des universités, des junkies se piquent, et meurent doucement en silence. «Ce sont surtout des étrangers, mais de plus en de Grecs tombent aussi dans la drogue», déplore Kristina Sanaratzi, porte-parole de Médecins du monde. «Ce que l’on voit à Athènes pour la drogue, en pleine scène ouverte, c’est absolument terrifiant. C’est le pire endroit d’Europe», alerte Nathalie Simmonot. Qui rappelle que l’ex-Premier ministre, Georges Papandréou, conscient de l’ampleur du problème, avait lancé l’idée de la dépénalisation. 

La chasse aux migrants

Que fait la police? Au cœur d’Omonia, les agents sont assis en ligne sur des chaises en plastique, devant le commissariat, sirotant des cafés glacés. Ils observent en chien de faïence les étrangers, et parfois, prennent le risque de s’hasarder dans le quartier. Près du siège de Médecins du monde, un agent se confie.
«Tout est foutu ici. Le principal problème, c’est la drogue. Mais aussi, la prostitution, les trafics.»
Il lâche, blasé:
«Tu peux arrêter un, deux dealers. Mais d'autres reviennent le lendemain.»
Une police grecque impuissante, sans moyens et profondément corrompue. A Athènes, les bakchichs sont fréquents. «J’ai été pris à partie par un policier, qui m’a demandé mes papiers. Il m’a pris 200 euros et m’a insulté», s’indigne Mohamed. Mais les plaintes sont rares. «Si on parle de la violence de la police dans le quartier, ils vont nous menacer», glisse Mehdi, réaliste. Pour Kristina Sanaratzi de Médecins du monde, «la police ne nous aide pas car ils sont contre les migrants».

Le problème de l’immigration, couplé à une crise économique sévère, ont exalté les sentiments xénophobes. Les membres de l’Aube dorée, le parti néonazi qui a fait 7% aux dernières élections législatives, quadrille des quartiers de la capitale depuis des mois. La nuit, des groupes de vigilance se forment et attaquent, gratuitement, tout étranger qui se risquerait à une promenade nocturne. La police, souvent consentante, ferme les yeux. Un policier sur deux aurait même voté pour l’Aube dorée aux législatives.
«Nous sommes effrayés par les racistes. Nous n’osons plus sortir», explique Yasser, père de famille afghan, qui vit dans une chambre, avec 25 personnes. «Depuis mai 2011, les attaques contre les étrangers ont considérablement augmenté», analyse Eva Cossé de Human Rights Watch.
«On parle désormais de chasse à l’homme, de chasse aux migrants.»
Chaque jour a désormais son fait divers, son agression, sa violence raciste. Fin mai, à Patras, troisième ville du pays et important port au sud-est de la Grèce, les membres de l’Aube dorée ont attaqué, en pleine journée, après la mort d'un Grec assassiné par des Afghans, une usine où se réfugient des migrants. Bilan: 5 arrestations, 22 détentions, 8 policiers blessés.

L'Europe victime des candidats et du nationalisme

Sur fond de crise des pays de la zone euro, la campagne présidentielle française ne restera pas dans les annales, tant elle est vide de sens comme de propositions. Car la démagogie, sans limite, de nos candidats à la présidentielle, cela commence vraiment à suffire.
On se doutait bien, dès le départ, que les programmes qui nous seraient proposés, faute d’argent et d’idées, seraient des mesurettes ou des réformettes, ou encore des actions irréalisables. L’exercice est difficile, car les candidats (es) doivent faire croire qu’ils vont résoudre les problèmes alors qu’ils n’en ont ni la compétence, ni la capacité à l’échelle d’une puissance moyenne régionale comme la France. Alors, ils nous amusent, ou plutôt nous baladent avec des gadgets, genre viande hallal (pour draguer les extrêmes droites) ou impôt taxé à 75% sur les revenus des plus riches (pour draguer les extrêmes gauches).

On sait bien, depuis longtemps, que les « promesses n’engagent que ceux qui y croient »,et que l’électeur finit toujours par voter pour celui ou celle qui lui paraît le (ou la) moins nul(le) !

Donc ne comptez pas sur eux pour nous parler du chômage, de l’emploi, du logement, des inégalités, de la précarité, voire de la misère (+ de 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 945€ par mois). Car ils sont dépassés par ces problèmes. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’il faut faire, d’autant que ces graves questions ne peuvent plus se traiter à l’échelle d’un pays. Mais cela, ils ne peuvent l’avouer, car sinon, pourquoi irait-on voter pour une élection somme toute locale, à l’échelle du monde ? Ils s’évertuent donc à mentir, à donner le change, à faire croire que le « volontarisme politique » peut tout faire, y compris soulever des montagnes. « Quand on veut, on peut ». Chiche ! Et pourtant cela marche encore !! On n’est plus dans des campagnes de projets, mais de communication, où l’invective le dispute à la démagogie.

Les enjeux et les défis sont, en effet, européens, et souvent mondiaux : défis économiques, financiers, de compétitivité, défis climatiques, environnementaux, énergétiques, migratoires, diplomatiques et militaires. Pas un mot sur l’environnement (à part Eva Joly), sur l’Afrique, sur la politique étrangère, sur le Proche-Orient. Repli national, toute ! Curieux pour un pays qui rêve toujours de puissance ! …

Et comme en 2007, bien sûr, pas un mot sur l’Europe, alors qu’elle est la clé, actuelle et future, de nombre de solutions, l’Union faisant toujours la force.

Je passe sur les extrêmistes, souverainistes ou nationalistes, qui veulent sortir de l’euro, de l‘Europe, démondialiser, fermer les frontières, et autres âneries irresponsables car dangereuses. Même les deux principaux protagonistes, qui iront, selon toute vraisemblance, au deuxième tour, n’ont pas résisté à la tentation de taper sur l’Europe. C’est bon à prendre puisqu’il y a une opinion eurosceptique, dont ils sont d’ailleurs largement responsables. Toutefois l’opinion veut, à bon droit, garder l’euro. Il faut également « draguer » la France qui a voté non en 2005 au projet de Constitution européenne. Aussi François Hollande, qui se déclare pourtant pro-européen, exigera de « re-négocier » le Traité sur le Pacte budgétaire et fiscal, sans se préoccuper de savoir si les autres pays s’en accommodent ou non ! Drôle de façon d’être européen et solidaire des autres ! C’est aussi surréaliste, car les marchés nous surveilleront, et la dette nous reviendra dans la figure avec des taux d’intérêt en hausse, surtout si les Agences de notation continuent à dégrader notre note, faute de réformes. Idem pour ce taux d’imposition (ridicule et improductif) à 75% sur les plus riches, sans aucune concertation avec les partenaires européens ! Toujours cette arrogance, de vouloir pour l’Europe … « une France en plus grand » ! Alors que franchement, objectivement, à l’échelle d’une planète en plein essor, forte de 7 milliards d’êtres humains, notre élection est bien peu de chose.

Quel gâchis ! Car la crise avait démontré, justement, qu’on avait besoin d’être unis, solidaires, pour s’entraider entre Etats européens, et qu’il fallait justement aller vers une Europe beaucoup plus intégrée, convergente, en un mot, fédérale ! Cette élection n’étant que franco-française, il faut donc « livrer » du franco-français, quitte à détricoter l’acquis communautaire.

La crise avait permis de relancer, chez nos voisins européens (Allemagne, Italie, Pologne), des idées et propositions de type fédérale, afin de faire bloc face aux dettes abyssales, et pour réactiver des politiques économiques de croissance efficace. Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des Hommes, disait jean Monnet. Mais rien de tel en France. La génération actuelle de dirigeants, euro-tièdes, trahit chaque jour davantage la pensée profonde de ce père fondateur, préférant, pour être élue, amener leur « Etat-nation » dans le mur ! De Melenchon à Le Pen, en passant par Arthaud, Poutou, Cheminade et Dupont-Aignan, il n’est fait allusion à l’Europe que pour mieux la brocarder, la dénigrer, la stigmatiser. Ultra-nationalistes, ces gens-là veulent une Europe à leur botte, totalement détricotée et démembrée, faisant fi de 60 ans de construction communautaire qui a, tout de même apporté et consolidé la paix, la prospérité et les valeurs entre Européens. Faisant fi aussi de ceux que pensent (et veulent) les « autres » peuples. Ils sont pour le peuple, mais pour le leur, apparemment. C’est donc bien là la manifestation – et le danger – du nationalisme pur et dur. « Le patriotisme c’est l’amour de la patrie. Le nationalisme, c’est la haine de ceux qui aiment la leur ». Anti-européens, leurs programmes sont également, sur le plan économique et budgétaire, aussi loufoques ou dangereux qu’irréalisables : la sortie de l’euro ; la semaine à 32 voire 30 heures ; le smic à 1.700 € (net !) ; l’interdiction généralisée des licenciements (ce qui, de facto, empêcherait … toute embauche !). Mais peu importe, puisque ces gens-là ne seront jamais présidents de la République ! Certes, mais les âneries et outrances verbales qu’ils distillent tout au long de la campagne (à ce propos, vivement la fin de cette campagne nulle, violente, arrogante), peuvent tout de même faire des dégâts auprès de nos compatriotes

J’en viens à deux autres candidats qui ne seront jamais, non plus, présidents de la République mais qui, d’un point de vue strictement européen, pourraient satisfaire, ou se rapprocher, de certains critères. Il s’agit bien sûr d’Eva Joly et de François Bayrou. La palme d’européanisme revient sans conteste à Eva Joly, qui n’a pas peur (elle est la seule) de citer à de nombreuses reprises le mot « fédéralisme ». Elle prône aussi un Président européen élu au suffrage universel direct, et veut réaliser de vrais « Etats-Unis d’Europe ». Cela a au moins le mérite d’être dit, et clairement !

François Bayrou a déçu ses propres partisans. C’est incontestablement un européen convaincu, qui souhaite un président de l’UE élu au suffrage universel ou par un Congrès réunissant les Parlements nationaux ou le Parlement européen. Il veut aussi augmenter les investissements européens dans la recherche et le développement. Mais le mot « fédéralisme » est désormais banni de son vocabulaire ! Quel changement depuis 2007 ! Et puis, quelle mouche l’a donc piqué de démarrer sa campagne sur le thème du « produire et acheter français » ! Comme si la France pouvait TOUT fabriquer !! Il a donc totalement brouillé son image et a raté son envol de 2007… Le centre existe, mais il n’a plus de lader. Où sont passés les Giscard d’Estaing ou autre Lecanuet ?

J’ai gardé les deux derniers impétrants qui seront donc les deux finalistes : François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Le premier nommé, qui sera sans nul doute (sauf colossale surprise !) le futur Président le 6 mai prochain, mène une campagne « pastel », lisse, inodore et sans saveur, y compris sur l’Europe. Service minimum ! Il est certes pro-européen. Mais fort loin de la seule solution utile, celle du fédéralisme, si l’on veut s’en sortir. Au contraire, il veut, lui aussi, une Europe « à la française », alias une France en grand… On n’en sort pas ! Pire, il prétend renégocier le Traité sur le pacte budgétaire et fiscal… Seul contre tous ? Sans se demander ce qu’en pensent les gouvernants des 24 autres pays (car deux Etats ne l’ont pas signé, le Royaume-Uni et la République Tchèque) et surtout leur peuple ? Nous ne sommes plus dans l’Europe des « Six », et la France a beaucoup reculé en influence, depuis, y compris sur ses performances économiques ! En niveau de vie – pouvoir d’achat, la France est entre la 7ème et 8ème place dans l’Europe des 27… Je n’entends personne dire la vérité. Curieux… Pareil pour le chômage. On est dans le peloton de queue, avec nos 10% ! Quand l’Autriche est à 4,2%, les Pays-Bas à 4,9%, le Luxembourg à 5,2%, l’Allemagne à 5,7% , pour ne citer que les pays de la zone euro. Mais beaucoup d’autres pays de l‘UE ont deux fois moins de chômage que nous. Qui le sait ?

La proposition de Hollande de financer des projets d’infrastructures (énergie, réseaux) ou des investissements industriels d’avenir via la BEI et/ ou des eurobonds est une bonne idée. Mais il n’y aucune proposition sur l’évolution institutionnelle de l‘UE vers des « Etats-Unis d’Europe ». Quel manque de vision par rapport à ses homologues allemand, italien, et même polonais ! Enfin, il veut baisser le change de l’euro par rapport au dollar et au yuan. Très bonne idée. Mais, au fait, on fait comment ? On téléphone aux Chinois ? Même l’Amérique d’Obama n’a pas fait bouger les Chinois d’un millimètre sur cette question depuis 4 ans. Et la France va le faire ? Génial… On demande à voir !…

Mais la palme, si je puis dire, revient au candidat sortant, Nicolas Sarkozy, qui, étant en grande difficulté pour sa réélection impossible, n’hésite pas à franchir la ligne rouge, sans vergogne. Lui, l’homme qui avait conduit une bonne présidence française de l’Union européenne en 2008 ! lui qui avait dit le soir de son élection en mai 2007 : « c’est le retour de la France en Europe » ! Quel gâchis depuis, et quelle honte ! Il suffit de lire les réactions et commentaires de nos partenaires européens. Y compris d’Angela Merkel qui a d’ailleurs signifié son mécontentement à Sarkozy. Ces gens-là , vraiment, ne reculent devant rien ! Pour une réélection, ils vendraient leur âme ! Leur « conviction » et leur programme s’adaptent en permanence aux sondages !! Il y a longtemps que Sarkozy a dérapé vers l’extrême droite. Cela avait commencé fin juillet 2010 avec le sinistre discours de Grenoble, stigmatisant des Roms qui sont, pourtant… des Européens.. Rappelons nous, aussi, de sinistre mémoire, le discours de Dakar et la place de « l’homme noir dans l’Histoire ». Mais là, dans la campagne de 2012, on touche le fond dans l’outrance et la manipulation, et la raison a cédé le pas à l’injure, au clivage, au mépris, à la démagogie, à l’anti-européanisme primaire, à la xénophobie. Je cite : « il faut changer l’Europe qui ne doit pas être une menace, mais une protection ». De quoi ? Contre les étrangers ? Contre la concurrence ? D’où les titres de journaux américains : « Sarko = Le Pen » ! On se souviendra longtemps du discours de Villepinte du 11 mars dernier : haro sur les technocrates de Bruxelles, les corps intermédiaires, et surtout sur l’Europe, sur Schengen, alors que ces Accords nous protègent, et satisfont nombre de partenaires européens ! De surcroît, la Commission travaille, depuis des mois, sur des améliorations de l’agence Frontex, qui gère le dispositif à nos frontières extérieures. Que n’a-t-on pas dit cela plus tôt ? Et surtout, pourquoi n’avoir pas accordé des moyens financiers supplémentaires à Frontex, pour mettre plus de garde-frontières ? Lui qui fut Ministre de l’Intérieur cinq ans avant d’être président ?

Même démagogie avec le « Buy european Act ». L’idée est de réserver les marchés publics aux seules entreprises européennes. Alors même que la Commission travaille également là-dessus afin d’exiger une réciprocité dans l’accès aux marchés publics des pays tiers pour les entreprises européennes. Le buy european act nécessite l’accord des autres, et de l’OMC. On en revient toujours là. Pour flatter son électorat, (ou ses militants), on montre ses muscles, on va « dompter » l’Europe, on va voir ce qu’on va voir. Même quand les « technocrates » travaillent sur le sujet !…

Sauf que… un détail (parmi plusieurs incohérences…) si la France sort de Schengen, elle doit sortir de l’Union. Si elle impose unilatéralement la réciprocité commerciale, elle sera en procès avec l’OMC et n’importe quelle entreprise ou Etat qui ne se laissera pas faire (ça créera de l’emploi pour les juristes du droit international ou communautaire !). Idem pour la fiscalité, il faudra renégocier quelques 120 conventions fiscales françaises avec des pays tiers. Cela fait beaucoup !

Ces gens là sont donc européens quand cela les arrange (début 2007, et 2008 lors de la Présidence française) mais le nationalisme reprend vite le dessus, surtout, en campagne électorale : mot France outrageusement prononcé, drapeaux frénétiquement agités. Il y en aura bientôt plus que de militants ! Je propose que l’on chante la marseillaise (« qu’un sang impur abreuve nos sillons ! »), tous les quart d’heure, dans les meetings ! Cela maintiendra l’ambiance ! Haut les cœurs ! Vent debout ! Qui a dit que tout ce qui est caricatural est dérisoire ? Et malgré tout ce cinéma, les sondages ne bougent pratiquement pas. C‘est cruel, la politique !

Autre parole du Président-candidat : « l’Europe est une passoire ; l’Europe soit se protéger ». Mais de qui ? Et de quoi, au juste, Et pendant cinq ans, il ne s’en était pas aperçu ?!

Toutes ces formules, qui torpillent encore un peu plus la cause européenne, et nous ridiculisent à Bruxelles et auprès des diplomates européens, ne sont pas des dérapages, mais des annonces sereinement pensées, orchestrées, pour attirer l’extrême-droite.

Dernier coup de poignard à l’Europe : Sarkozy vient de proposer le gel de la contribution de la France au budget européen ! Là on atteint le sordide, le mesquin ou le grotesque ! Economie : 600 millions d’euros, alors que les économies à réaliser sont plutôt de … 90 milliards d’euros. Cherchez l’erreur !!

Car la France, comme tous les pays du Sud, est en situation économique et budgétaire très préoccupante. Il est vrai (depuis 3 ans, je ne cesse dans mon blog de préciser la situation économique de la France, de l’Europe, et les enjeux majeurs…), qu’en France, on ne veut pas toujours comprendre l’économie et prendre les mesures des défis et des enjeux. On se complaît parfois dans le déni. Et nos politiques en usent et abusent, laissant jouer à plein tube l’orchestre du Titanic. Ça les arrange. Par quel miracle serions-nous donc les seul pays d’Europe à conserver notre pouvoir d’achat, sans nous réformer en profondeur ? Alors que TOUS nos voisins y passent ? Ou l’ont fait depuis longtemps, comme l’Allemagne de Gérard. Schröder ? Heureusement la presse étrangère est là pour nous ramener à al réalité. Témoin l’hebdomadaire britannique « The Economist » dans son édition du 29 mars 2012. Le titre est clair : « France in denial », « le déni français ». « L’élection la plus frivole du monde occidental ». Pendant que tout le monde se serre la ceinture et se réforme (y compris la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne), la France s’amuse. On muse, on bricole. Cette campagne n’a pas voulu voir la réalité du monde, de sa compétition vive, de sa rapide mutation, et de notre nécessaire adaptation, par le biais d’une Europe fédérale, seule solution réellement crédible.

La France, seule, a besoin de lever 500 à 700 millions d’euros par jour pour financer sa dette (et bientôt, il faudra 1 milliard par jour)… Elle décroche (compétitivité, industrie) depuis plus de 10 ans. Elle est endettée depuis 38 ans. A un chômage de masse (10%) depuis 20 ans (sauf entre 1997 et 2000, où il retomba à 7%). Tous les pays du Nord sont meilleurs que nous.

Notre dette publique a augmenté de 450 milliards d’euros en cinq ans ! Et seulement 30% sont dus à la « criiiiiiise » ! Et pas « 100% » comme le répète à l’encan la propagande officielle. Remarquez, c’est de bonne guerre, un autre gouvernement aurait fait pareil ! Autre message : « l’Europe passoire ». Mais la France a perdu des parts de marché… en Europe même ! Donc ce n’est pas un problème de frontières extérieures !!! Nos taux d’intérêts remontent et l’écart (spread) se creuse à nouveau avec l’Allemagne ( taux à 3 ou 3,5% contre 1,5%). Notre balance commerciale est de plus en plus déficitaire (- 69,6 milliards d’euros en 2011…). Le président sortant, comme son challenger, n’a aucune idée pour rendre la France vraiment compétitive. Mais il ne veut pas non plus faire le saut fédéral qui, seul, mutualiserait efforts et relance, par la redistribution solidaire. On préfère transférer notre « souveraineté » à nos créanciers du monde entier (les « marchés ») plutôt que de réaliser une souveraineté partagée et solidaire en Europe !!

Alors cette campagne (courage, plus que quelques jours à souffrir !) fut un immense rideau de fumée : protectionnisme (la pire des mesures), sortie partielle de l’UE (Schengen !) et ultra-droitisation pour récupérer des voix (en vain !) : viande hallal, rhétorique islamique couplée au sécuritaire. Tout cela pour masquer le vrai débat : la France doit se réformer en profondeur si elle veut redevenir compétitive. La France est bien plus proche de l’Italie que de l’Allemagne. Mais qu’à cela ne tienne. Sans idée, sans projet, sans vision, il faut bien bricoler, et amuser la galerie. On est à une ou deux « idées » par jour, qui sont oubliées dès le lendemain, et ainsi de suite. Je ne sais plus qui a parlé de campagne « low cost ». Petits projets, petites idées, petits candidats. La dernière idée de génie est le permis de conduire pas cher. Un remake de 2007 ? On règle les retraites le 1er du mois et non le 8 (ce qui, en outre, est impossible, tellement cela concerne des structures différentes (CDC, etc…).

C’est vraiment de la haute stratégie ! Il faut ce qu’il faut, car déjà neuf autres dirigeants européens sont allés au tapis. A bon entendeur…

Aussi je me permets de suggérer quelques mesures décisives et stratégiques pour le rôle et la place de la France dans le monde : rouvrons le débat sur l’heure d’été ; sur le retour ou non de la messe en latin ; sur le ramassage alterné des champignons à l’automne ; sur l’heure de fermeture des bars ou discothèques le samedi soir. Bref, tout ce qui est stratégique, et du ressort… d’un président de la République !

Je suis moqueur, mais c’est vraiment pitoyable. Ils nous font honte ! Il suffit de lire la presse étrangère, plus lucide que la notre… Une autre « tactique » à la mode aussi, et là Sarkozy est le champion absolu, c’est de jouer la corde sensible à chaque fait divers tragique. On joue à fond (jusqu’à la caricature) la carte du sensationnel, de l’émotionnel, du compationnel, du passionnel, du solennel et du commémoratif. Cela impressionne, et ce climat irrationnel évite de parler des vrais problèmes. Excellent, dans le genre !

Et pendant ce temps là, on a les derniers chiffres qui devraient nous ramener à la raison, il me semble… La France, en 2012, est le deuxième emprunteur en euro au monde : elle doit emprunter 178 milliards d’euros cette année, et cet emprunt sera détenu à 85% par l’étranger. Et en 2013, la France sera le premier emprunteur en euro au monde, avec 220 milliards d’euros d’emprunt (à 85% étranger), soit 1 milliard d’euro par jour ouvrable !

Mais tout le monde s’en fout ! Politiciens et … électeurs. Un comble. Car plus on attend, plus la note sera salée.

La crise ? Quelle crise ? La dette ? Quelle dette ? Et … si on ne remboursait pas ? ( !)

Les politiciens aussi auraient besoin de cours d’économie. Ils diraient moins de sottises !

Mais non, dormez tranquille, au (beau) pays des Bisounours. On vous propose sans rire la réforme du permis de conduire. Et demain ? Il reste encore 9 jours avant le 1er tour ! Alors quoi ? Je me dévoue : la réforme du permis de chasse ; puis du permis de pêche ; la collection des coléoptères ; un concours de pop-corn ; un jeu de boules ?

C’est de plus en plus surréaliste (et coûteux, aussi !), on sombre de plus en plus dans un théâtre de … Guignol.

Les Français ont donc besoin de discours de vérité, et de vrai plan de redressement et de relance économique, et pas des rideaux de fumée démagogiques et idéologiques pour faire diversion. La France, un jour, aura peut-être aussi besoin de toute la solidarité européenne, ne serait-ce que pour boucler 2012, où elle devra emprunter, sur les marchés du monde entier 178 milliards d’euros. L’année 2011 a montré que les marchés et les agences de notation s’inquiétaient sérieusement de la frilosité de la France, arcboutée sur son « modèle social », inégal et précaire. Championne du statu quo confortable. Avec un nouveau président, une nouvelle équipe, combien durera l’état de grâce ? Combien de répit aurons-nous ? Cent jours ? Nos nouveaux décideurs devront réformer sans tarder. La souveraineté économique, budgétaire et financière, c’est terminé dans un monde multipolaire et de plus en plus interdépendant, avec des capitaux volatiles. Du Nord au Sud, d’Ouest en Est.

Il ne sert à rien de clamer que la mondialisation est dangereuse (ce qui est faux, tant elle offre des opportunités pour qui sait les saisir…) et qu’il faut se protéger de l’Europe… Avec de tels propos, c’est l’Europe qui voudra peut-être se « protéger » de … Nicolas Sarkozy. En attendant, les électeurs français, citoyens d’Europe, trancheront sur son sort le 6 mai prochain. Et ce sera sans appel.

Blog d'Alain Malégarie du 13 avril 2012

Immigration : la Grèce en voie de se transformer en immense centre de rétention

http://www.atlantico.fr/decryptage/immigration-europe-pousse-grece-devenir-etat-ultra-securitaire-centre-retention-xenophobie-union-europeenne-joelle-dalegre-334196.html

Nouvelle solution au « problème de l'immigration clandestine », ou comment « caser » ceux qu'on ne peut empêcher de venir, qu'on ne peut ou sait où renvoyer et qu'on ne veut pas voir : l'Union européenne financerait jusqu'à 250 millions d'euros un programme de construction en Grèce de camps de détention pour clandestins d'une capacité totale de 30 000 personnes en 2014 !

Longtemps pays d'émigration, la Grèce est devenue subitement pays d'immigration depuis 20 ans. En 1991, on y dénombrait 197 000 étrangers, en 2001, officiellement 800 000, soit plus d'un million en comptant les clandestins, aujourd'hui, 10 ans plus tard, le nombre des clandestins à lui seul atteindrait un million (pour 11 millions d'habitants). Les premiers arrivants venaient à 80% d'Europe orientale et de l'ex-URSS. Leur intégration fut difficile, mais les lois de 1998 et 2001 leur ont permis d'accéder à la légalité et, depuis 2009, les enfants d'immigrés nés en Grèce ou y ayant été scolarisés pendant 6 ans peuvent obtenir la nationalité grecque. Une large part de ces immigrés de la première vague sont aujourd'hui installés et forment désormais une composante affirmée de la population. D'autres sont repartis depuis que la récession a mis fin à leurs espoirs d'emploi régulier.

Depuis les années 2000, la situation a radicalement changé, les nouveaux venus affluent du Maghreb, d'Afrique noire, d'Afghanistan, du Pakistan avec pour intention première de transiter par la Grèce pour rejoindre l'Europe occidentale. L'Italie et l'Espagne contrôlant sévèrement leurs eaux territoriales, les candidats à l'immigration ont cherché d'autres voies, et plus de 80% des clandestins qui veulent rejoindre l'UE aujourd'hui entrent par la Grèce.

Voies maritimes : une traversée houleuse de la Méditerranée jusqu'aux côtes du Péloponnèse ou un passage facile de la côte turque vers les très nombreuses îles proches. Mais les contrôles maritimes se resserrent, aussi la voie terrestre l'emporte-t-elle à présent : il suffit de rejoindre Istanbul en charter, d'atteindre la frontière grecque et de tenter le passage du dangereux fleuve Evros (une centaine de noyés par an), ou des 12 kilomètres de frontière terrestre. Entre 2009 et 2010, le nombre total de passages entre Grèce et Turquie a explosé de 45%, selon le rapport de Frontex, l’Agence européenne aux frontières. En 2011, quelques 55 000 arrestations de migrants ont été enregistrées dans la zone de l'Evros, en forte augmentation par rapport à 2010 ; selon les autorités, plus de 300 personnes réussiraient à passer chaque jour. En mai 2011, Frontex a donc envoyé 175 policiers pour organiser et renforcer la surveillance, la Grèce a mis en chantier un mur de 12,5 kilomètres de barbelés et de caméras thermiques le long de la frontière terrestre. Mais rien n'y fait, l'attrait de l'Europe persiste... un nouvel itinéraire contourne le mur en passant par la frontière bulgaro-grecque voisine !

La Grèce se trouve ainsi dans une situation insoluble, critiquée à la fois pour son incapacité à fermer sa frontière ou à empêcher les clandestins de s'embarquer pour l'Italie, pour son refus du droit d'asile (98% des demandes rejetées) et pour le mauvais accueil que les habitants et les autorités réservent aux clandestins. De plus, depuis 2007, elle est responsable des ceux qui sont entrés chez elle et que tout pays européen peut lui renvoyer automatiquement ! Le pays entier se transforme donc en une sorte d'immense zone-tampon, zone de rétention pour des sans-papiers que la Turquie ne veut pas récupérer, que l'UE refuse et que la Grèce n'a pas ni l'envie ni les moyens d'entretenir.
Que peut faire ce sans-papier ? S'il est pris par la police, il se retrouve dans l'un des 14 centres de regroupement existants, dans des conditions de surpopulation et de manque d'hygiène insupportables largement critiquées par tous les observateurs. Le plus souvent, il obtient un permis provisoire avec ordre de quitter le territoire d'ici un mois. Comment ? Rallier l'un des deux ports menant en Italie et chercher un passage pendant des semaines en vivant de chapardage ? S'il renonce à ce passage extrêmement difficile, il peut chercher un emploi... Rare, dans des conditions proches de l'esclavage et quasiment sans espoir de régularisation. Alors, il lui reste à mendier, à voler, tout en vivant dans la peur continuelle de la police et des agressions des groupes néo-nazis de Chryssi Avghi...

Pourquoi accueillir la « misère du monde » quand on est soi-même dans la misère, quand même les « nationaux » ont recours aux soupes populaires et à Médecins du Monde ? La crise fait monter la xénophobie, l'opinion est divisée entre l'aide aux malheureux et le rejet absolu, le gouvernement est pris entre ses électeurs de droite et le respect des volontés européennes.

La Grèce doit répondre aux directives européennes en protégeant les frontières de l'Union, mais elle se retrouve seule pour gérer le problème des migrations. La décision européenne, aménager des centres de « rétention », géants dans d'anciens camps militaires, ou peut-être même sur des plates-formes flottantes, mal supportée bien sûr par les bourgs proches de ces futurs camps, ne résout rien, vise simplement à montrer au public européen que « l'on fait quelque chose », que l'on aide une fois de plus les Grecs, tout en leur « refilant » un problème qu'on ne sait comment traiter. A quand un camp de rétention moderne de 3 000 places dans la Lozère ?

Les autres pistes de régulation de l’immigration

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Les-autres-pistes-de-regulation-de-l-immigration-_NG_-2012-03-20-780215

Un système d’immigration à points

Née en 1967 au Canada, cette politique a par la suite été adoptée au Danemark, en Australie, en Nouvelle–Zélande, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni. Ces États restent ouverts aux migrants, mais selon l’âge, le niveau de qualification, l’expérience professionnelle, la promesse d’embauche, chacun de ces critères donne droit à un certain nombre de points.
Au-delà d’un seuil minimum (67 points au Canada), le migrant qui obtient le score le plus élevé est celui qui a le plus de chances d’obtenir un titre de séjour. L’écueil à éviter est, cependant, la surqualification des arrivants par rapport au marché du travail.

Une politique migratoire européenne

Il s’agirait d’harmoniser les politiques migratoires dans un espace de libre circulation. Pour le moment, les principales actions concernent avant tout les contrôles aux frontières (agence Frontex) et les expulsions des personnes sans papiers. En matière d’immigration légale, les pays restent souverains. Toutefois, une « directive “carte bleue”» encadre le séjour des travailleurs hautement qualifiés.
Le Conseil européen a préconisé, en 2008, que les États membres prévoient, par anticipation de leurs besoins, des mobilités à l’intérieur de l’UE. La démographie plaide pour une gestion communautaire de l’immigration : pour la première fois, l’an dernier, la population en âge de travailler a chuté en Europe, selon l’ONU.

Des migrations « circulaires »

Ce principe de co-développement repose sur un équilibre entre les intérêts de chacun. Il s’agirait d’organiser des allers et retours des personnes, grâce à des visas à entrées multiples et des procédures facilitées. Cela permettrait aux migrants de franchir différentes étapes de vie en France (études, travail, formation, etc.) tout en gardant la possibilité, à chaque retour, de nourrir un projet dans le pays d’origine.
De son côté, le pays d’accueil bénéficie de main-d’œuvre dans des secteurs en demande. Ces migrations « circulaires » réclament toutefois une intégration des migrants dans les deux territoires d’ancrage, et la mobilité qu’exige cette politique soulève la question de la vie familiale.